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Retranscription d'un film historique
produit par Nova et Canal +
Cette émission, elle nest pas destinée à tout le monde, elle est destinée à celui qui veut faire un effort pour apprendre quelque chose par lui-même. Si cest destiné aux gogos qui zappent et ronflent derrière sa télé, il peut zapper tout de suite.
LART
Donc, moi ce que je fais, cest de lart, je fais de la musique, cest de lart, on peut pas échapper à ça. Maintenant, je fais peut-être de lart dégueulasse, de lart merdique, ça cest un autre problème, cest pas à moi de juger ça. Je sais 100 % que ce que je fais cest important parce que déjà, jai fait tellement de chansons qui ont couvert tellement de sujets qui nont jamais été faits avant. On va dire que même si ma musique est mauvaise vue quelle a exploré des continents qui nont jamais été explorés, si je suis une sorte de Christophe Colomb du cul, de Christophe Colomb de la merde ou de nimporte quoi, on na pas le choix. Il faut prendre Christophe Colomb comme il est. Ce qui arrête un artiste cest de passer pour un con ou un minable, or moi, cest là que je commence à travailler. Cest du moment que cest raté et que cest nul, cest là que ça commence à devenir intéressant parce que je sors de ma propre esthétique. Tout le monde croit quon fait nimporte quoi sur scène, quon dégueule, quon improvise, quon hurle devant une bande magnétique complètement incohérente En fait, cest pas du tout vrai, cest très conservateur, on va dire. Ou on répète très calmement dans une cave. Comme je travaille sur le corps, je suis un artiste moderne. Jai noté tous mes pets pendant un mois. Tu pètes jamais deux fois pareil. Jamais deux fois pareil, rien à voir. Après jécoute pas, je naime pas ce que je fais, je trouve ça inaudible. Enfin fondamentalement cest la frustration qui est le moteur de tout ça.
LES FILMS
Le premier film, évidemment, cétait de me filmer en train de me branler. Ca paraissait la première chose à faire. Moi jai filmé mes masturbations, attention, strictement pour des raisons artistiques. Déjà faire de lart cest quand même bien se branler. Et cest aussi sexhiber. De toute façon cest un bon prétexte de se branler devant une caméra. Javais jamais vu ma queue en gros plan. Alors là, cest lhistoire dun mec, il est complètement impuissant, mais il va se marier. Alors il est emmerdé évidemment pour baiser sa femme. Et ben maman, généreusement, elle prend dans larmoire du sperme congelé de beau-papa et le mec tout content, il va ramener le sperme à la maison et inséminer sa femme avec. Bon là, il burine la chatte de sa femme pour la préparer, la chauffer un peu. Il linsémine au sperme, ça saigne un peu forcément, parce que bon... Lactrice principale, Princesse of Love, cest une véritable dominatrice S.M. Bon alors, pas moyen de la défringuer, pas moyen de la violer, rien, rien. Elle veut fouetter, elle veut taper. Elle mencule dans le film, moi je souffre, mais elle, elle jouit.
LES SHOWS
Je faisais un show au Japon où jinsultais sans arrêt les Japonais, à la limite parce que je jouais le rôle dun envahisseur qui perturbe la société japonaise, transforme tous les esclaves en Japonais, et à la fin du spectacle, ça finit par un retournement de situation ou par leur technologie, les Japonais réussissaient à masservir. Le mec qui se veut le plus top de lunderground en France, à un moment, il va me dire cest dégueulasse ce que tu fais. Tout de suite il va faire un rapport entre le spectacle et quelque chose que jaurais de malsain en moi. Les Japonais, pas du tout, même pour dire jusqu'à quel point ça va, une Japonaise qui voit mon spectacle apparemment sexuellement offensant pour la femme, en fait, elle le trouve très romantique. La plupart des gens peuvent pas encaisser le truc, ils le condamnent, mais ils viennent par une sorte de curiosité, de voyeurisme. Ils sont au fond de la salle lair dégoûté mais ils regardent tout, debout sur une chaise.
LA MORT
Jai aucune intention de mourir sur scène pour faire un spectacle efficace, ma limite elle est là. Ca sera simplement de la représentation théâtrale et quand je sors du spectacle ou du film, je dois être en bonne santé. Jai toujours fantasmé quil y avait un rapport entre le spectacle que je fais et le vaudou ou les religions africaines. La première raison cest parce que jai vu le film de Jean Rouch, " Les Maîtres fous " où on voit des gens qui pètent les plombs complètement je dirais pas que je rentre en transe sur scène, mais que je rentre presque en transe. En fait, que je suis comme chevauché comme on dit par un esprit.
LA FOLIE
Enfant, je restais très seul, alors je sais pas si jaimais ça ou si cétait une obligation, enfin, cétait ma nature, cétait comme ça. Jai besoin de cette solitude pour continuer à créer de la même manière. Donc cest une nécessité dêtre seul. Rester des jours et des jours enfermé sans sortir de chez soi, quand je sors je maperçois tout dun coup que je suis un zombi. Dun seul coup, jai limpression que je suis un fou mais tant que je reste dans mon monde. En fait je suis bien et tout est très logique. Je peux me laisser complètement aller vivre dans ma merde sans bouffer, sans rien faire comme ça, en fait, complètement libre, quoi ! Parce qu'un fou complètement barré, à la limite, il est libre. Maintenant, à lintérieur de mon univers, je peux me faire piéger moi-même et devenir complètement dingue. Ca, ça peut arriver. Ya des jours où ça commence vraiment, ça devient grave. Au moment où je me sens le pire menacé par la folie, vraiment, vraiment, vraiment limite par le stress ou lenvie de me suicider, jallume mon synthé, je sais que cest le bon moment. Parce qu'à ce moment-là si jallume les boutons et que je dis quelque chose, ça va être bon. A la fin de la chanson, je rembobine, je réécoute et je me sens très bien, très bien davoir représenté ma merde, jongler aux limites de la folie et lexprimer, ça permet den sortir mais den sortir par un porte glorieuse au final. De toute façon, je suis un héros, ça cest clair, je le dis, je suis un héros, mais enfin, un héros raté, jaimerais bien être un héros. En fait, héroïque = que je fasse le mieux possible quelque chose que les autres admirent ou que jadmire moi-même, que je suis un héros à mes propres yeux.
LE RACISME
En art, ya pas de précaution à prendre, cest le principe de base de lart, ça. Si je représente la réalité, faut que je la représente telle quelle est. Si je le fais pas, si je prends des pincettes pour parler de racisme et bien je suis une ordure. Parce que le racisme, cest de lordure extrêmement violente et extrêmement sale, ça tient au dégoût physique de lautre, au dégoût physique de la merde de lautre, cest basé sur des notions de ce type-là le racisme. Ce que font dailleurs ce quon appelle la nouvelle droite, le Front National quand ils veulent faire soft, ils présentent le racisme avec des pincettes, cest pas du racisme, cest de la gestion de flux migratoire, cest ceci, cest cela. Les notions sont économiques cest soft, sauf que derrière ces notions softs on sait quil y aura des massacres. Moi, je présente des propos durs. Ce que jespère, cest que le mec qui voit ces propos durs, il est dégoûté, cest le but quil soit dégoûté. Si vous ressentez en voyant ce texte la violence qui est derrière, la violence et le massacre potentiel, ça vaut mieux de croire quon peut faire une société avec des exclus organisés. Croire quon peut exclure pacifiquement une partie de la population, cest nimporte quoi. A partir du moment où on exclu des gens, on en fait des ennemis, si on en fait des ennemis, on va les zigouiller. Moi, il y a toujours le risque que la majorité beauf veuille me flinguer, quoi. Ya des dingues qui croient que je suis une sorte de monstre. Ils croient que je suis le personnage du film ; cest comme si on allait menacer de mort Charles Bronson parce quil a joué un tueur. Je me demande même comment je peux encore rester vivant sur cette planète. Jai limpression que mon appartement, cest une sorte de dernier bunker, quand ils vont rentrer, je vais être assassiné.
LA LIBERTE
Là où je suis étonné, ça devient vraiment inquiétant. Actuellement, je suis attaqué par le procureur de la République, ça veut dire par lEtat français. Maintenant, ce que je vois, cest si lEtat mattaque, ça veut dire que dun seul coup, ya un durcissement de la législation en France ; maintenant, cest la loi majoritaire qui doit primer, cest triste à dire comme ça, il faut que le comportement soit homogène, ya un discours homogène, ya une esthétique homogène, on peut pas en sortir, et on saperçoit quon a aucune garantie de liberté dexpression en France. Ca commence par moi parce que je suis le plus cru, ça continuera ensuite, yaura dautres artistes interdits en série.
LA JUNGLE
De temps en temps, je me dis que je vais lâcher tout ça, que je vais partir loin, très loin avec une vie complètement différente où à la fois mon corps et mon esprit peuvent séclater complètement. On peut se contenter de deux, trois outils de communication, de connaissance et de culture ; finalement en gros une caméra, un ordinateur, un micro et vivre dans la forêt et sans arrêt du point de vue intellectuel, combiner les images tout ça pour son plaisir simplement et le reste du temps vivre dans la forêt ; cest une vie très moderne actuellement. Actuellement, je me laisse aller, je regarde au-dessus de moi, je vois des feuilles, le ciel, des arbres, des singes qui passent et je pourrais être bouffé par les fourmis. Je trouve ça classe, que dêtre enterré au cimetière à St Denis avec ma mère qui pleure et ensuite qui rentre chez moi détruire toutes mes bandes magnétiques. Jaime bien ce rôle-là, le héros qui crève seul dans la jungle, ça cest le truc que je trouve super, jespère bien mourir comme ça dailleurs, mais pour le moment, cest que la représentation de la mort.
LA MORT
Tous les jours, je pense que je vais mourir. Par exemple, si je fais de la musique, jai limpression que cest le dernier morceau que je vais faire, pas seulement parce que je risque dabandonner la musique, mais aussi parce que je risque de mourir le soir même. Donc, ça créé une sorte durgence permanente dans ma musique, cest pour ça quon peut dire quelle est bâclée, parce que je me dépêche de faire avant de crever. Ca mapporte énormément de penser que ce que jai fait, ça sera détruit par des enculés après ma mort. Ca cest un truc qui me hante carrément. Jimagine que la mort, ça doit être un truc bien reposant quand même. Finalement, ça pourrait être la période la plus facile, mourir pourrait être très facile. Ca fait surtout flipper de regarder les gens crever.
LAMOUR
Je ne suis pas misogyne en fait, je suis obsédé par le cul de la femme. Et ça me fait chier parce que je vois que cest une faiblesse. Je préfèrerais être un escargot et baiser avec moi-même que de savoir que pour maccomplir entièrement, je dois aller foutre ma bite dans un autre trou qui font que des emmerdes en fait. Jai jamais réussi à pénétrer une fille, cest-à-dire je bande quand je pense à la nana à poil, mais dès quelle écarte les cuisses, je débande. Dailleurs, je trouve ça vraiment dégueulasse, lacte sexuel ; en y pensant bien, cest visqueux, cest crade. La femme idéale, ce serait une poupée gonflable parce que je peux la laisser tranquillement dans un placard, si je fais autre chose, elle va pas se barrer ailleurs pour se faire sauter et quand jai envie de la sauter, je la gonfle et je la baise et je la remets dans le placard avant quelle me fasse chier.
LA SCATOLOGIE
Je ne suis pas du tout scato, même si je bouffe de la merde. Ya des gens qui ont mal pris ça, ils ont cru que jétais un scatophage, et en fait, ils menvoient sans arrêt leurs vidéos de merde, ya même un mec qui ma envoyé par la poste sa pisse et sa merde. Parce quen fait, ya un rapport peut-être entre la merde, la bouffe, le sang, la bouffe, je me demande pourquoi cest toujours des ingrédients de bouffe, parce quen fait, ya toujours un rapport entre le sang, la bouffe, le sang, la sauce tomate, le sang, la merde, la bouffe, ya un rapport. Ya rien de plus ordinaire que de faire des trucs comme ça. Tout le monde va aux chiottes, tout le monde sent ses doigts après pour voir sil ny a pas de la merde sur les doigts. Ya aucun extrémisme là-dedans. Lextrémiste, cest le mec clean qui prétend rien faire, ils nous mentent sur tout ce quils font dans les toilettes, ça cest extrémisme, extrêmement menteur, malhonnête.
LA MUSIQUE
Je fais des chansons de dix secondes que les gens peuvent charger avec des délires dimages animées qui sont spécifiques à Internet. Jamais sur un livre ou un CD audio, jaurais pu faire quelque chose déquivalent, ça devient de lart Internet. Il peut très bien y avoir Sony Music qui fasse un million de hits par jour, mais il peut y avoir à côté le petit site de Costes et jai exactement la même exposition queux. Bien sûr, jaurais pas la même audience parce que de toute façon, la plupart des gens naiment pas ce que je fais, mais au moins, jai la même chance. Je suis sous terre, dans un bunker et jouvre mon ordinateur et en fait je me branle moi-même en lisant les e-mails des autres; en fait, de lonanisme total, du narcissisme absolu. Les gens communiquent par Internet essentiellement pour avoir limpression dexister, et ça renforce la solitude. Par Internet, il ne peut rien se passer du tout: au moment où il me fait chier, le mec, je lefface. Donc, cest très confortable, ça permet dêtre totalement seul en faisant semblant dêtre avec les autres.
Après dix ans, je ne sais toujours pas jouer de clavier - enfin, paraît-il, je ne sais toujours pas chanter, mais je continue. Donc, en fait, la phase suivante, cest sombrer toujours plus bas, parce que cest la seule manière que jai de progresser. Pour moi, cest évident quà un moment donné, ils peuvent pas contourner les artistes, même déplaisants, mais qui ont exprimé lépoque. On sest foutu de ma gueule, je suis rien, je reste dans un appartement, jenregistre un texte sur une bande magnétique, jarrive à détruire la planète et bien, cest balèze, cest-à-dire, je suis le diable, quoi.
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