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Au-delà du "qui suis-je?", Karyne Lamouille interroge le "qui est-on?"
Elle regarde son nombril, ou plutôt son visage ou son sexe, avec un il décalé. Ce glissement progressif du fantastique la mène à enduire la tête de ses sujets d'épingles, de coton, ou de terre

Sans faux-fuyant, elle entre dans le corps des sujets avec, quand on l'entend, une bonhomie légère et souriante, encore qu'il faudrait décliner "bonhomie" au féminin
je vous laisse trouver le mot.
Karyne Lamouille affuble certains de ses modèles d'une pilosité artificielle qu'elle nomme "poussière d'esprit" afin de rappeler l'animalité et l'instinct qui sommeillent en nous.
Celle qui crée des Frankenstein dont elle est la Mary Shelley
Elle intervient parfois sur ses photographies contrecollées sur aluminium en les perforant de motifs inattendus. Le fait de coudre des surfaces chevelues aux couleurs vives, de scarifier des photos ou d'y propager des tumeurs indique, pour elle, la nécessité pour chacun d'extérioriser ses complexes. Elle révèle les pensées de ses sujets en imprimant sur leur peau un revêtement "météo" du cerveau.
Le négatif, parfois déjà trituré, puis le papier photographique considéré en tant que peau, deviennent sa créature au fil de ses ajouts, vinyle, cheveux
En photographiant, elle effectue ses prélèvements sur le sujet, elle transvase les pellicules dans des tubes à essais et la Créature qui en sort devient le Frankenstein dont elle est la Mary Shelley.

Karyne Lamouille date sa fascination pour le corps aux abords de ses 12/13 ans, quand elle découvre des créatures en latex lors de projections de films fantastiques. Ce germe incube en elle, la culture du hors norme prolifère dans son esprit et elle se destinera tout d'abord vers la profession de maquilleuse d'effets spéciaux, limon dont elle puisera son matériel photographique.
Elle rencontrera ainsi Christopher Tucker, "Elephant man", et réalisera des marionnettes en latex pour les Guignols de l'info de Canal+.
Sexe, textures animales, et crochets poilus...
Son parcours englobe la conception de bijoux en métal, des représentations de protagonistes dévêtus et prostrés dans des volumes semblables à des boîtes de magiciens (série Rituels), une interprétation graphique des péchés capitaux ou un corps triptyque dans lequel une gangrène gagne; des boulets accrochés aux membres emprisonnent le corps, mais, comme dans la dialectique du Maître et de l'esclave de Hegel, on s'aperçoit que ces boulets germent et deviennent nécessaires.
Aujourd'hui, sa série Rouge fragile confrontent des vues macros de son sexe, de sa tête ou de son corps, à des textures animales, mues de reptiles, crochets poilus de mygales.

Elle associe des petits formats à l'échelle de la main, facilement préhensibles, qui cherchent à dresser une liste détaillée des béances corporelles avec par endroits des retouches de parasitent chevelus (poussière d'esprit) à des grands formats qui sacralisent le corps entier maquillé et recomposé avant la prise de vues. Travail sur la matière en amont ou en aval
uvre d'étrange carnassière qui habille et masque pour mieux déshabiller
pour rendre l'âme encore plus nue que le nu.
Dans Amour Densité Fantôme, Karyne Lamouille confronte le rouge désir d'un corps à sa pulsion fantomatique, à cette aura qui nous soutient et nous étreint, à cet invisible qui nous met en marche, cette clef qui remonte fortement notre ressort et nous balance, pantin désirant, dans l'éclatement des soirées
Ce n'est pas le corps de l'autre que l'on veut étreindre mais son propre fantôme, cette densité qui fait qu'au milieu de tout le vide de notre corps, on touche, de soi ou de l'autre, un morceau de peau, un morceau qui résiste, chaud. Alors on irradie.
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Karyne Lamouille
recherche toujours des modèles féminins
pour ses séances photos.
Accédez au site complet de Karyne Lamouille
http://www.karynelamouille.com/
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